Photo ci-dessus : usine Chausson Matériaux à Lalbenque (46), google street view
- Le projet d’usine en bref
- Les impacts pour les habitants de Grand-Champ
- Pourquoi la mairie veut-elle modifier le PLU ?
- Projet d’intérêt général… ou d’intérêts privés ?
- Qui est Chausson Matériaux ?
- L’enquête publique
Le projet d’usine à parpaings Chausson Matériaux, en bref

Nous avons appris par la presse courant 2022 l’existence d’un projet de hub industriel à Grand-Champ, qui débuterait par la construction d’une usine de pré-fabrication de blocs béton (parpaings) Chausson Matériaux.
Les habitants de Grand-Champ ont pu prendre connaissance de l’ampleur du projet dans le dossier de concertation publique organisée par la mairie en décembre 2022.
Selon ce dossier, cette usine s’implanterait sur les parcelles YR 16, 17 et 43, classées agricoles au PLU, que la carrière n’aurait pas dû pouvoir exploiter.
De plus, au vu des nuisances qu’engendreraient des activités industrielles à cet endroit, la préfecture a déterminé que ces parcelles ne peuvent accueillir ni centrale à bitume, ni centrale à béton. Or le groupe toulousain Chausson Matériaux souhaite aujourd’hui y construire une usine à parpaings, qui non seulement produit son propre béton, mais induit des nuisances au moins aussi importantes que les activités qui y ont été interdites.
Ces parcelles, d’une surface de 7,7ha, seraient bitumées sur plus d’1,5ha, artificialisant définitivement des sols qui auraient dû retrouver leur vocation agricole, et industrialisant un paysage principalement agricole et boisé, ce que relève bien le rapport de la MRAe Bretagne – Mission Régionale d’Autorité Environnementale – sur ce projet.
Les impacts pour les habitants de Grand-Champ
Impact sur le paysage
Si l’usine Chausson Matériaux voit le jour, elle aura un impact fort sur notre commune :
- le site est en hauteur, sur une crête
- l’usine comporterait une tour à agrégats de 25m de haut qui sera potentiellement visible à plusieurs km, d’autant que le site sera sûrement éclairé la nuit.
Une usine culminant à 25m, sur une crête surplombant les champs et visible de tout le sud du bourg abîmera forcément le paysage de Grand-Champ.

Chausson Matériaux a présenté des illustrations visuelles de l’implantation de l’usine dans nos paysages. Elles nous paraissent incomplètes voire fausses.
Dossier flou sur les nuisances
Il y a beaucoup à dire sur les imprécisions et erreurs manifestes du dossier de concertation. En voici quelques unes :
A quel rythme fonctionnerait cette usine : 24H/24 ? 7j/7 ? Pour quel volume de production ? Si le procédé de fabrication induit des tapis et trémies, quid des nuisances sonores et de la diffusion de poussières ?
Aucune réponse claire n’a pour le moment été apportée par Chausson Matériaux.
Rappelons que l’entreprise Chausson matériaux au Soler (66) a été condamnée, après 10 ans de procédure, à cesser ou atténuer ses nuisances (bruit, épaisse poussière blanche).

Sécurité routière : augmentation du trafic de poids-lourds
Lors de la réunion publique du 6 février 2023, le Directeur Général de Chausson a estimé que :
- il y aurait 12 camions par jour qui entreraient dans l’usine pour la livrer en granulats
- il y aurait 12 camions par jour qui sortiraient de l’usine pour livrer les parpaings
Cela nous paraît incohérent et largement sous-estimé. En effet, les volumes de production et le tonnage des camions utilisés n’est pas précisé…
Inquiets quant aux conséquences sur la sécurité routière, nous sommes donc contraints d’évaluer nous-mêmes les incidences de ce projet sur la circulation des poids-lourds.

Le Directeur Général de Chausson Matériaux indique :
- que l’usine sera livrée quotidiennement par 12 camions de granulats. Le tonnage des camions classiquement utilisés pour la livraison de granulats étant de 44T, l’usine consommerait 528 tonnes de granulats par jour
- que le béton sera fabriqué avec 5 à 6% de ciment. L’usine consommerait donc 26,4 tonnes de ciment par jour.
On en déduit une consommation de l’usine de 554,4 tonnes de matières sèches par jour.
Sachant qu’un parpaing « classique » de dimension 20x20x50 pèse environ 17,5kg, on peut estimer que l’usine produira 31 680 parpaings par jour. Les livraisons de parpaings sont généralement faites par des camions de 19T. Il faudrait donc 29 camions par jour rien que pour sortir les parpaings de l’usine et les livrer dans tout l’ouest…
Enfin, pour connaître le réel impact de l’usine sur la circulation de poids-lourds, il faut tenir compte des allers-retours à vide.
On peut donc en conclure que cette usine va créer 82 passages de camions par jour… en plus de tous ceux qui fréquentent déjà nos routes.
Compte-tenu des incidences du projet d’usine, les flux de circulation de poids lourds (PL) seraient augmentés de 14% en moyenne, et de :
- 320 PL/jour, soit +20.2% sur la RD150 – entre Chanticoq et la route de Mériadec
- 242 PL/jour, soit +28,1% sur la RD308 – entre la route de Mériadec et Corn-Et-Arat
Cela représenterait entre 30 et 40 passages de camions par heure, soit un camion toutes les 2mn !
Rappelons que sur la RD308, les camions ont à peine la place de se croiser. Il est absolument dangereux d’y densifier le trafic.
Il nous semble surprenant de devoir faire nous-mêmes ce type de calculs et d’estimations…
La sécurité de nos familles mérite d’être plus sérieusement considérée.
Le dossier de concertation admet un problème de sécurité routière. Il annonce que « le contournement Ouest de Grand Champ améliorera significativement l’accès et la desserte du site ». Mais il stipule également que ce contournement ne sera pas fait dans le même temps , et que d’ailleurs son tracé n’est pas encore défini.
Pourquoi la mairie veut-elle modifier le PLU ?
Les parcelles envisagées pour la construction de l’usine à parpaings appartiennent à la carrière CMGO.
Elles sont classées agricoles au PLU de la commune, et ne peuvent donc pas accueillir d’activité industrielle.
Pour que la carrière puisse tout de même vendre ces parcelles à Chausson Matériaux, la mairie cherche à modifier le PLU et sortir ces parcelles de leur vocation agricole.
Projet d’intérêt général… ou d’intérêts privés ?
Pour parvenir à modifier le PLU, la mairie utilise la procédure de « déclaration de projet », prévue par le code de l’urbanisme. Cette procédure exige que le projet soit motivé par l’intérêt général.
Le dossier présente donc cette usine à parpaings comme un projet d’intérêt général.
A notre sens, un projet d’intérêt général c’est un pont, un hôpital, une école… ce n’est pas l’installation d’une entreprise privée.
La mairie et Chausson Matériaux évoquent la création d’une trentaine d’emplois, sans plus de précision.
De plus, l’intérêt économique de cette nouvelle usine questionne : elle va probablement faire une forte concurrence aux usines présentes sur le territoire (Elven, Hennebont, Noyal-Pontivy, Landaul, Treffléan, Saint-Avé… et partout en Bretagne).
Devant la crainte de ce nouveau concurrent, originaire du sud de la France et aux 1,5 milliards d’€ de CA, certains bloquent déjà leurs projets d’investissement. Au final, il est fort probable que cette usine détruise de l’emploi sur nos territoires plutôt qu’elle n’en crée.
Qui est Chausson matériaux ?
Lors de la réunion publique du 6 février 2023, le Directeur Général de Chausson Matériaux, Y. GUAUS, a présenté « d’abord et avant tout une entreprise familiale », fondée à Toulouse en 1921. Les « frères Chausson », Pierre-Georges et Philippe, Président et Président du conseil de surveillance de l’entreprise, détiennent 84% du capital, 10% étant détenu par un pool d’investisseurs financiers, et 6% par ses cadres.
Lors de cette réunion, le DG de Chausson a tenu à indiquer : « On n’est pas un grand groupe, on n’est pas des méchants capitalistes ».
Le rachat en 2021 de « Bois et Matériaux » (anciennement Réseau-pro) a permis au groupe toulousain de « s’implanter fortement dans la partie nord de la France, avec l’acquisition de 100 agences ». Selon le DG, c’est pour alimenter leurs agences que Chausson « monte des usines de blocs ».
Ce rachat place Chausson 2ème distributeur de matériaux de construction derrière Saint-Gobain, avec 1,5 milliards d’euros de chiffre d’affaires.
La consultation des comptes de l’entreprise Chausson est très instructive. Elle permet par exemple de constater le versement de près de 28 millions d’euros de dividendes à ses actionnaires en 2021.
Le classement du magazine économique Challenges classe les « frères Chausson » à la 197e place des plus grandes fortunes françaises 2022, avec 600 millions d’euros. Ils ont fait leur entrée dans le classement des 500 premières fortunes de France en 2014.
L’enquête publique

1) La première étape de concertation publique s’est déroulée du 1er décembre au 31 décembre 2022. Vous avez été nombreux (56) à formaliser des observations, ce qui est certainement du jamais vu sur la commune de Grand-Champ !
2) L’enquête publique s’est tenue du 28 mars au 28 avril 2023
Pour installer l’usine Chausson, la mairie a choisi une procédure de modification simplifiée PLU, afin de sortir trois parcelles de leur classification agricole. Rappelons que si ces parcelles sont classées en « zone industrielle », la réglementation simplifiée permettra à l’entreprise Chausson Matériaux de réaliser une simple déclaration à l’administration sans concertation ni enquête publique.
Les habitants se sont fortement mobilisés. 110 observations ont été déposées.
Vous trouverez ici les 3 chapitres de la contribution de l’association : éléments juridiques, éléments contextuels et analyse du dossier d’enquête, l’impact des activité de la carrière sur l’environnement des habitants
Vous pouvez également consulter les observations de l’association Eau et rivières de Bretagne et de l’association Bretagne Vivante.
Malgré le rapport critique de la MRAE, malgré les avis défavorables rendus par 2 associations environnementales majeures en Bretagne, malgré l’arrêté préfectoral du 20/07/2012 interdisant la construction d’une centrale à béton sur ce site, le commissaire enquêteur a rendu son rapport : avis favorable au projet !
Aucune nouvelle information étayée par des éléments objectifs n’y est apportée concernant l’augmentation du trafic de poids-lourds, les conséquences sur la sécurité routière, les activités réelles de l’usine, les impacts environnementaux, la hauteur de la tour de 26 m, les nuisances pour les habitants…
Le commissaire enquêteur ne répond pas aux nombreuses questions posées par les associations et les habitants lors de l’enquête publique. Il se contente de « prendre acte » des affirmations de la municipalité, en les reprenant mot pour mot.
Ce rapport est donc évidemment décevant et, loin de convaincre, son objectivité nous questionne.
Notons que les « observations » favorables, quasiment toutes déposées les 2 derniers jours suite à la publication de notre contribution, employant les mêmes « mots clés », parfois sans aucune argumentation, émaneraient de cadres parisiens et de salariés des entreprises concernées… Certains membres de l’association ont été alertés. Y aurait-il eu des consignes données par les directions de Chausson matériaux, CMGO-Colas, LafargeHolcim à leurs salariés ?
Enfin, pour justifier ce projet, la mairie et le commissaire enquêteur ont dû finalement l’annoncer officiellement :
« Le projet d’usine de préfabrication de blocs béton sur le site de la carrière doit se lire comme un des éléments participant à la création d’un hub économique autour de la carrière, dans un objectif de développer une économie circulaire liée au BTP sur ce site ».
Extrait du rapport du commissaire enquêteur – p11
Nos inquiétudes se confirment donc : cette usine sera la première d’un « hub » industriel du BTP.
Un Hub ! En français ça signifie « un pôle, un centre, un carrefour, une plaque tournante ».
Un hub de l’industrie du BTP, créé de toute pièce sur les terres agricoles de Grand-Champ !
Tout cela nous renforce dans notre détermination à agir. Nous restons donc très mobilisés sur ce dossier.
Prochaine étape : jeudi 6 juillet 2023, réunion du Conseil municipal
Lors de cette réunion du 6 juillet à 19H à l’Espace 2000 de Grand-Champ, le conseil municipal votera la modification du PLU, permettant ainsi la construction de l’usine Chausson.
Rappelons que l’avis du commissaire enquêteur est consultatif. Tout comme la mairie a choisi de ne pas suivre l’avis de la MRAe, elle peut tout à fait choisir de ne pas suivre celui du commissaire enquêteur…
Le conseil municipal est sensible aux nombre de personnes qui assiste à ces réunion.
Y assister permet de « faire passer le message » de notre détermination et de mettre les élus face à leurs responsabilités.
Nous encourageons donc toutes les personnes inquiètes par ce projet à se rendre à cette réunion.
Venons nombreux, jeudi 6 juillet à 19H à l’espace 2000 sans perturber la réunion.
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